Geneviève Courage


Depuis cinq ans, sachant le mal dont elle souffrait, étant épouse de médecin, elle lutta sans jamais exprimer la moindre plainte devant ses amis. Et formidablement dynamique, elle voulut continuer à faire partager par son mari et son entourage familial les joies et les moments d’évasion heureuse qu’une vie de travail peut offrir à un couple dont la vie est axée sur la santé des autres, tout au long des années vécues ensemble.

Le verbe aimer ne se décrit pas, il se vit. Aimer l’autre, aimer chanter, aimer le sport, aimer la vie, aimer se dévouer aux jeunes. Avec un regard toujours porté vers ses parents, vers sa plus jeune sœur, vers sa commune et sa côte d’0pale , vers le terroir qui colle à la peau de ceux qu’elle entoure de sa présence affectueuse, Geneviève donnait chaque jour tout ce qu’elle a en elle de bon, de généreux , de passion de vivre. Il y a quelques mois encore, elle allait jusqu’à tenir le micro , à la tribune de presse du centre sportif du Touquet , pour annoncer la composition des équipes , par dévouement au club de football dont son mari Jean-Jacques est depuis longtemps le vice-président. Elle suivait son mari aux répétitions de la chorale Lyriade dont elle était une des figures féminines très attachantes. Et jamais elle n’abordait, pour ne pas attrister l’atmosphère des rencontres auxquelles elle participait, le sujet de l’évolution de la maladie grave dont elle surmontait l’épreuve.

Elle avait 52 ans. Partir à cet âge, comme d’ailleurs Alain Bashung, à 61 ans, c’est tellement douloureux pour ceux qui partagent l’existence de ceux et celles qui s’en vont, que le silence est le meilleur hommage à offrir à ceux que l’on pleure. Les mots ne peuvent apporter ce que le cœur ressent.
Mais ce que Geneviève souhaitait en elle-même, c’était que la vie continue sans elle, comme si elle était toujours là. C’est que Jean-Jacques continue à exercer son métier , comme un sacerdoce, avec son cœur , autant qu’avec son expérience de médecin généraliste , entre ses concitoyens , ses très nombreux amis du Montreuillois et du Boulonnais et la clinique des Acacias dont il est une des figures de proue et où sa voix grave résonne dans les couloirs autant qu’en la chorale qui demeurera un des temps de sa vie de passionné . En chantant sur les plus hautes marches des scènes ou des chœurs de notre côte d’Opale, sa voix s’élèvera vers Geneviève, en même temps que vers le public, pour la rejoindre, comme elle ira rejoindre en même temps l’âme de Pierre Monthuy, son collègue et ami de Cucq, lui aussi trop tôt ravi à l’affection des siens .

Mais Jean-Jacques a en lui la force morale d’un mari qui a dû supporter déjà dans sa vie la même épreuve de la perte d’une première épouse aussi admirable, Françoise, qui a vécu le même chemin de souffrance silencieuse, avant de quitter son mari et ses trois jeunes enfants. Trois devenus cinq avec Geneviève, qui font aujourd’hui honneur à la famille Rapin, dont l’aîné Jean-François , devenu médecin lui aussi , maire de Merlimont et conseiller régional. Le docteur en médecine qu’il est sait , et plus encore que d’autres, le courage qu’il faut pour ne pas trop faire partager à son entourage l’épreuve de ces souffrances morales et physiques que représente la lutte, en soi, contre le cancer.
Comme Bashung allant recevoir son trophée de vainqueur sur la scène des Victoires de la musique, quatorze jours avant de mourir, Geneviève a quitté sa famille en sa maison de Merlimont, comme en chantant : il faut mourir afin de vivre !
L.D.


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