« Une vie », l’hommage de Pierre Deprez à son oncle Léonce

D’où vient cette profonde tristesse que ressentent tant de femme et d’hommes du Pas de Calais à l’annonce de la mort de Léonce Deprez, d’où vient cette reconnaissance qu’ils lui témoignent, d’où vient ce sentiment de vide qui saisit, au-delà de son épouse, de sa sœur et de ses enfants, tous les membres de notre famille ?

Parmi les témoignages postés sur les réseaux sociaux, un message m’a paru dire l’essentiel dans un raccourci saisissant : « il aimait le sport et le bien commun ».

Le sport tout d’abord

Je garde de mon oncle l’image d’un petit cliché noir et blanc, dans un cadre d’argent, que son père et sa mère ont contemplé avec fierté bien des fois, Léonce vers 20 ans tenant un ballon dans la main gauche et saluant du bras droit le stade béthunois, comme dressé vers son destin.

J’ignore la date exacte de cette photo, 1949 lorsqu’il devint champion de France de football amateur avec son frère Pierre, mon père, et l’équipe de Béthune, ou 1952 avant de partir pour les jeux olympiques d’Helsinki avec l’équipe de France dont il gardait les buts.

Le sport donc comme une exigence de dépassement personnel (il était aussi champion de France cadet du 55 mètres haie) mais aussi et surtout comme un partage avec les autres joueurs de son équipe, continuation du quatuor familial qu’il formait dans l’enfance avec ses deux frères et sa sœur, dont il aimait tant se souvenir.

Et le bien commun

Comme un engagement total envers les autres, héritage de son éducation familiale. Pour Léonce seule importait la justice sociale. Pour lui ne comptait qu’un seul capital, le capital humain. Il détestait les profiteurs, que l’on puisse gagner de l’argent en dormant, lui faisait dire « il faudrait empêcher de dormir celui qui le perçoit » ! « Jouir de la vie n’est pas un but, ce doit être la récompense. Toute vie demande d’abord de prendre de la peine. » Selon ses mots la réussite d’une vie c’est « la réussite de la vie des autres ».

Profondément croyant, Léonce exprimait sa foi dans sa vie. Ses livres disent tous que la vie est un combat à engager pour la vie des autres, que ce soit son premier livre en 1958, « Une vie », ode en remerciement à ses parents, puis « La vie d’abord », « L’envie du futur », ou « A nous deux la vie » coécrit avec Monseigneur Noyer. En 2009 ils écrivaient ensemble : « Nous avons choisi des engagements différents. Nous nous reconnaissons l’un et l’autre dans un souci des personnes et de leur bonheur. L’un et l’autre nous avons rêvé de communauté humaine. » Et c’est ce rêve qui lui a fait tracer, en homme libre, un profond sillon dans la terre d’Artois, du beffroi de Béthune jusqu’au beffroi de l’hôtel de ville du Touquet.

C’est cela qu’a très bien compris l’auteur de ce message sur Facebook, Léonce a vécu sa vie comme un sacerdoce pour le bien commun. En lui Peppone et Don Camillo ne faisaient qu’un. Bien après avoir cessé d’être maire et député, cette envie lui est resté jusqu’au bout. Il voyait la vieillesse comme le temps du rajeunissement : « on nous dit trop vieux, mais pas trop vieux pour rester vivants, pour partager notre expérience, encore emplie de l’ambition de servir nos frères les hommes. »

Voilà qui est dit, le modèle de Léonce ce n’est pas Sartre, pour lui le Paradis c’est les autres, pas l’enfer et il aurait pu dire, à l’inverse du mot terrible de Gide Famille je vous aime, car la famille c’est une vie partagée. Ainsi notre reconnaissance pour Léonce s’explique, nous comprenons qu’il a conformément à ses convictions, donné le meilleur de lui-même pour faire rayonner sa vie au profit de celles et de ceux qu’il a eu la responsabilité de conduire.

Voilà pour le fond, en se gardant d’oublier que Léonce était aussi une sacré belle gueule, un sourire doux mais déterminé, un regard sincère, un homme toujours en forme, un éternel jeune homme, notre Tonton Léonce, tant aimé de ses neveux et nièces.

Irrévocablement le temps a passé et la vie s’est arrêtée. Mais rien n’est fini. Le mouvement est impulsé et Léonce va rester dans le cœur de Marlène et de leurs enfants et de tous ceux qui ont partagé son envie de vivre. Léonce entre maintenant et pour toujours dans notre légende familiale.

Il ne me reste qu’un mot à dire Chapeau Léonce !

Pierre Deprez


8 Commentaires

  1. Pierre beurrier

    J’ai beaucoup apprécié les édito de Léonce
    Qui reflétaient un grand humanisme et une vision tellement juste de notre société
    Un grand homme disparaît mais laissera une trace
    Indélébile
    Respect

  2. Dufresne Thérèse

    Merci Léonce pour TOUT , et surtout d’avoir fait du Touquet ce qu’il est …..
    Merci aussi pour ces 6 années passées en votre compagnie comme secrétaire de votre Association
    où j’ai découvert votre passion pour votre ville et l’écriture, votre engagement envers les autres et votre éternelle jeunesse d’esprit et votre envie de vivre .

    Reposez en paix
    Thérèse

  3. D DOUCHIN

    Merci pour le sourire et pour toutes les poignées de main fraternelles. Cette main toujours tendue et jamais refusée… Léonce nous faisait sentir, qu’à ses yeux, nous étions des gens importants… Pour les jeunes générations, il est toujours resté: « Monsieur le Maire »… Pour notre génération, il n’y a eu, presque,que lui…

  4. Francis Dec.

    Merci Monsieur Leonce tu nous manques deja
    Un plaisir de te retrouver dans cette rubrique
    Une vision du monde de la France
    Encore tout mon respect
    Fra Dec

  5. Roger LHERBIER

    Je le connaissais un peu, il ne me connaissait que de vue ! Mais il aurait changer de trottoir pour nous saluer, mon épouse et moi, lorsque nous le croissions dans les rues du Touquet ! La dernière fois que nous l’avons vu, il y avait beaucoup de monde sur les trottoirs, il nous disait : « Vous croyez que tous ces gens là savent ce que j’ai fait pour la ville du Touquet ? »
    Quand il a été battu une première fois à l’Hôtel de ville , il m’avait dit, « c’est comme si j’avais été amputé  » Il a heureusement gagné ensuite d’autres challenge.
    Sa dernière grande satisfaction , c’est sa Fille qui lui a offert, aux dernières législatives.
    Je suis de la région de Lens Liévin, au pied des Collines de Notre Dama de Lorette, Léonce était né à, la maternité de Mazingarbe, cette région c’était aussi sa région , et depuis l’annonce de son décès, j’ai mainte fois entendu autour de moi : Léonce Déprez est décédé !
    Reposez en paix Monsieur le Maire, nous sommes nombreux à être fiers de vous §

  6. LAROCK dominique

    J’avais eu le plaisir d’accepter, en novembre 2015, son invitation pour un apéritif où nous avons échangé des souvenirs de notre passage au Touquet de 77 à 80.
    Ce fut un moment agréable, nous garderons un très bon souvenir de Monsieur Léonce DEPREZ.
    Marie Hélène & Dominique LAROCK

  7. guitton henri

    Nous avons eu ma femme et moi même après les réunions de la confrérie du harengs côtier de partager de très bons moments qui resteront dans nos mémoires.Les blogs toujours pleins de sagesse seront aussi un vide.

  8. Pascale B.

    Le rencontrer était toujours un réel plaisir, il savait mettre les gens à l’aise et rayonnait. Il parlait à tout le monde et savait se faire apprécier . C’était un grand humaniste et ses messages étaient plein de sagesse, il va nous manquer. Merci à lui pour ce qu’il était et ce qu’il a fait pour nous et notre territoire.

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