Clarifions !


Voilà donc notre ministre de la Justice qui demande l’annulation de l’annulation du mariage d’un couple décidée par le tribunal de Lille.
Et voilà des heures de débats à la télévision et des gros titres dans la Presse sur l’application, à ce sujet, d’un article du code civil relatif aux annulations possibles de mariages.
IL s’agissait d’un cas particulier. Très particulier.
Il est vain de vouloir modifier une loi pour solutionner un cas particulier.
La loi n’est pas faite pour dicter les conduites privées. C’est la conscience personnelle qui doit éclairer le comportement de l’être humain.
Une conscience qui peut être éclairée par une foi. Une foi, qui elle même, peut être inspirée par une religion. Une religion, qui, elle même, peut être le fruit d’une éducation. Une éducation qui, elle-même peut être imprégnée de traditions.
Mais, la vérité, c’est qu’en chacun, croyant ou incroyant, il y a une conscience.

Les législateurs, encore moins les gouvernants, ne sont pas faits pour étouffer ou banaliser en chaque être humain les rouages de ce moteur essentiel de la vie que doit être l’amour.
Il y a en tout être humain une part de liberté qu’il s’agit de respecter, quelles que soient son origine, sa couleur, sa formation, son milieu social, sa religion.
C’est ce qui différencie la nature humaine de la nature animale. Et c’est ce qui assure la base de la dignité qu’il faut reconnaître en toute personne, sur tous continents.

La loi n’est pas la main qu’on donne au citoyen en guide de code de bonne conduite. Elle n’est qu’un code de la route pour tous. Et non pas la glace dans laquelle chacun de nous devons trouver la réponse à nos questions de vie personnelle. Et notamment de vie intime.
Les parents sont faits pour éclairer leurs enfants durant leur temps de formation physique, intellectuelle et morale.
Les enseignants peuvent , par l’éclairage qu’ils donnent aux adolescents, contribuer à former, puis à enrichir le jugement que ceux-ci acquièrent progressivement, depuis l’école…jus qu’à la sortie de leurs études ou de leur apprentissage d’un métier.
Mais ce n’est pas dans le code civil que jeunes et adultes peuvent trouver ce que veut dire aimer, et ce que veut dire s’aimer.

Ayant assumé personnellement, plus de 900 fois, les fonctions d’officier d’état civil en un hôtel de ville que je considérais comme la maison commune d’une grande famille que je ressentais mienne et que je ressens toujours mienne, j’ai toujours pensé que la chance que j’avais était de souhaiter a ceux dont j’officialisais l’union civile de vivre, aussitôt après ou ensuite, en l’église d’en face ou simplement entr’eux, le temps des secrets de leur union.
Tant il est vrai, comme je l’avais entendu dire un jour par François Mauriac « que l’on ne se marie
pas seulement parce que l’on aime, mais pour aimer. »
Avant de ne pas laisser dévoyer le mariage, il faut commencer par ne pas laisser dévoyer l’amour et ne pas apprécier qu’on le dévoie autour de soi.
La conclusion, c’est que c’est au-dedans de nous et non dans le code civil que l’on doit apprendre à concilier dans la vie ces deux mots – clé qui font la supériorité de l’humain sur l’animal : les mots de liberté et d’amour.

L.D


Lire la suite

De mai 68 à mai 2008


Le formidable concentré de ce que les technologies nouvelles apportent à notre société, nous le devons, en une vision instantanée, à Google Earth sur nos ordinateurs.
En quelques secondes, la photo de notre planète parvient à se rétrécir puis à s’élargir jusqu’au point le plus restreint de nos vies. Impossible de dissocier ensuite, intellectuellement et moralement, nos vies locales de celles qui, à des milliards d’exemplaires, se vivent sur les autres parties du monde.
Mais ce progrès, inimaginable il y a encore vingt ans, des technologies de l’information liées aux satellites qui permettent de découvrir nos territoires, aux différentes échelles de nos communautés humaines, n’a de valeur et d’intérêt que s’il contribue à faire évoluer aussi nos mentalités.
Ainsi, à l’heure où la vie sans frontières devient une réalité évidente, nous devons plus que jamais faire preuve d’intelligence et redoubler d’audace, de courage à la veille de chaque prise de décision. Reporter , par crainte du changement ou du dérangement de petits intérêts particuliers ou de mauvaises habitudes, c’est manquer de clairvoyance et de courage et c’est compromettre l’avenir.

J’ai apprécié, dans la nuit de dimanche à lundi en conclusion d’un film documentaire télévisé sur France 3, ces mots d’Edouard Balladur évoquant » cet arbre de mai 68 dont les ramages n’ont jamais cessé de pousser… » « Mai 68 a apporté à notre pays une source de fraîcheur, » a ajouté, avec le sourire malicieux qui lui est propre, celui qui était à l’époque le conseiller social de Georges Pompidou, Premier ministre.
Comme je le disais, durant ces mêmes journées de mai 68, à Strasbourg à la tribune du congrès national des Jeunes Chambres Economiques, les jeunes dirigeants d’entreprises eux-mêmes ressentaient le besoin pour la France de se donner l’ambition d’une nouvelle société.
Chaban est venu…qui, avec une ambition de grand sportif qu’il était, voulut en faire un programme de gouvernement.
Nous avons vécu en vérité sous Pompidou des années de progrès économique et de progrès social. Même si le slogan « Pompidou, des sous « formulé en cortèges, est devenu historique.

En vérité, les Français n’ont pas su, en ce temps là et depuis ces années là, transformer l’essai de ces points gagnés, en se donnant une ambition individuelle et collective de « dépassement ».
Un dépassement en efforts de discipline budgétaire et de renforcement de leur spiritualité. Le résultat est que cette société nouvelle, différente de celle dont rêvait Chaban avec Delors, n’est devenue qu’une société de consommation.
Fort heureusement, il y eut l’euro qui força les Français à accepter de dépasser leurs considérations hexagonales quotidiennes. Mais c’est surtout au niveau du territoire de nos régions que nous avons réussi à donner plus d’ambitions communes et plus d’âme à nos existences.
Tout le problème de notre futur se traduit en une question essentielle : le but de la vie économique et de l’action politique demeurent-ils l’intérêt général ? Doit-on mettre à profit tous les progrès réels ou potentiels de notre nouveau siècle pour satisfaire toujours plus au fil des jours toutes les formes d’égoïsme et tous les intérêts particuliers ?

Se dépasser en commun, c’est réaliser les réformes qui s’imposent au niveau national, européen et mondial, mais aussi des projets qui apporteront plus de chances de vie pour les autres et pas seulement aujourd’hui, pour demain et après demain. C’est, en ce moment, cesser de s’obséder sur soi, alors que la télévision le soir nous annonce 80.000 morts en Chine et 130.000 en Birmanie.
De mai 68 à mai 2008 le chemin de la vie apporte de plus en plus de raisons de ne pas nous enfermer. C’est un chemin de plus en plus exigeant .En termes d’efforts pour être plus efficaces et solidaires.
Tant mieux…si notre vie nous demande plus pour vivre mieux aux échelles des territoires dont Google Earth donne aujourd’hui la vision aux jeunes en recherche d’avenir.

L.D.


Lire la suite


Comme pour rappeler que les défaillances humaines sont aussi sources de drames, au milieu des catastrophes naturelles qui écrasent, cette semaine en Asie, des centaines de milliers de vies, voici l’affaire d’Outreau qui remonte à la surface en France.
Pour avoir vécu les 230 heures d’auditions de la Commission d’enquête parlementaire créée après ce drame judiciaire, je ne peux admettre un instant que reste sans suite, en conclusion de nos travaux, l’engagement pris à l’Assemblée nationale d’aboutir aux réformes qui doivent permettre de ne plus vivre d’autres « affaires d’Outreau »
Le document officiel de 628 pages relatant les travaux et les conclusions de notre commission témoigne de l’engagement que nous avions pris autour du Président André Vallini et du rapporteur Philippe Houillon.
J’avais vigoureusement stimulé le ministre de la Justice pour que le gouvernement adopte ces propositions de réformes dont il nous faut rappeler qu’elles ont été votées à l’unanimité il y a deux ans.
Le ministre Pascal Clément pour des raisons budgétaires, mais aussi en raison de la proximité des élections présidentielles, ne put retenir que certaines propositions. Il eut toutefois le courage de demander que les erreurs commises dans l’instruction de ce dossier soient soumises au Conseil supérieur de la Magistrature.

Cette instruction à sens unique menée par le juge Burgaud m’avait amené à rappeler au procureur de la République de Boulogne sur mer cet aveu traduisant le désarroi de ce trop jeune magistrat : « personne ne m’a dit que je faisais fausse route », a-t-il déclaré devant nous lors de ses déclarations télévisées.
« Comment parveniez- vous à dormir la nuit ? « ai-je demandé au procureur, en sachant qu’il a un sens très précis de ses devoirs .

En effet, le chiffre total de demandes de mise en liberté présentées par les futurs acquittés avait atteint à l’époque le chiffre impressionnant de 363 et l’une des personnes mises en détention injustement était même décédée…
Le Procureur de Boulogne me répondit que « c’était le résultat de la procédure « papier ».
Mais alors, les dialogues entre Procureur et juge d’instruction et entre avocats, porte- paroles de la Défense, Juge d’Instruction et Procureur, quelle place tiennent-ils dans une procédure pénale menant à un tel drame humain touchant plusieurs familles, une commune et une région ?

La vérité, c’est qu’il faut une organisation transversale de la Justice et non seulement verticale.
La vérité, c’est qu’une collégialité de l’instruction aurait évité l’injustice de la mise en détention de longue durée de personnes innocentes.
La vérité, c’est qu’il faut donner au juge des libertés et de la détention dont nous avons instauré la fonction par loi du 15 juin 2000, les moyens suffisants, tant procéduraux que matériels, pour qu’il puisse assumer sa mission, Ce qu’il n’a pu faire dans l’affaire d’Outreau.
La vérité, c’est que l’affaire d’Outreau impose désormais une clôture de l’instruction plus contradictoire et plus équitable, un renforcement de l’autorité et de la place de la Chambre de l’Instruction et un respect plus rigoureux de l’exercice des droits de la Défense.
La vérité, c’est enfin que soit donnée suite à la volonté commune que nous avions exprimée, d’assurer à la Justice les moyens techniques, financiers et humains qu’impose l’incarcération de 60 000 personnes que la France connaît aujourd’hui.

Il y a urgence, à l’heure où la France est tant divisée sur tant de projets de réformes, de ne plus différer l’examen de propositions que nous avions réussi à voter en commun, au nom de l’ensemble du peuple français, pour rétablir la confiance des Français dans leur Justice.

L.D.
www.leoncedeprez.blogspot.com


Lire la suite

En retrouvant la Côte d’Opale après quelques évasions me permettant, outre la détente et le repos, d’observer l’évolution du monde et les investissements réalisés ailleurs, j’ai noté avec intérêt les records d’affluences battus en ce mois de mai 2008.
Les résultats en termes de bouchons au pont d’Etaples ont été mis en évidence avec humour par le quotidien régional : « trois quarts d’heure …à une heure pour parvenir d’Etaples au Touquet. De quoi annuler l’intérêt de l’heure gagnée grâce à l’autoroute A16, depuis sa réalisation il y a dix ans ! »

Les clients touristes pensaient pourtant que la solution était programmée à ce problème majeur !
C’était vrai…..jusqu’à ces jours-ci. Le président Dominique Dupilet l’avait confirmé lui-même, en précisant que le « pont vert « et le tronçon final de l’ex- nationale 39 étaient dans les priorités du Conseil général du Pas de Calais en ce qui concerne les infrastructures.
L’Etat l’a d’ailleurs permis et décidé puisque le Préfet du Pas- de- Calais a prolongé pour son application dans le temps la déclaration d’utilité publique officialisée pour la réalisation de cet ouvrage d’intérêt vital pour les communes du sud de la Côte d’Opale.

Le Préfet de Région me confirmait le 20 juin 2006 : «J’ai pu concrétiser dans le cadre du budget Etat 2006 l’inscription des crédits supplémentaires aux fonds S.A.N.E.F. pour réaliser les acquisitions foncières de la liaison routière A16-Canche, dite « Pont Vert »
Il me précisait : « il m’a été confirmé que les fonds S.A.N.E.F.pour ces acquisitions foncières, promis initialement à l’Etat, seraient transmis au Conseil général du Pas de Calais, nouveau maître d’ouvrage.
IL apparaît que la face primordiale d’acquisitions foncières est en bonne voie et que cela permet d’envisager sa mise en œuvre prochaine ».

Et le 12 mars 2007, le président Dupilet m’écrivait : « en réponse à votre lettre du 8 février 2007, je vous confirme l’action du Conseil général quant aux acquisitions foncières nécessaires à la réalisation de la liaison A 16-rive gauche de la Canche. La procédure est en cours et sera finalisée pour décembre 2007 ».

C’était la conclusion heureuse de plus 10 années d’efforts réalisés en prolongement de ceux qui ont abouti en 1998 à la réalisation de cette autoroute A16. Dix années d’efforts partagés au niveau régional, départemental et intercommunal. Dix années de travail des ingénieurs des services de l’Equipement du Pas de Calais et du ministère des Transports.
Apportant lui aussi son soutien complet à notre Communauté de Communes, le Président du Conseil Régional, Daniel Percheron, m’écrivait par lettre officielle du 9 décembre 2005, en ce qui concerne la participation financière de la Région : « je peux vous confirmer que la Région honorera ses engagements. » (Participation de 27.50 % au financement global du projet, la participation du Département –F.C.T.V.A. comprise étant de 33%. Le Conseil général, depuis la décentralisation décidée par le gouvernement Raffarin , est en effet devenu nécessairement maître d’ouvrage en matière de routes.

Après un tel parcours réalisé dans l’union des Pouvoirs publics et être si prêt du but, je trouve pour le moins regrettable l’annonce évoquée d’un renoncement possible à un tel projet d’intérêt général . C’est le développement durable de notre Pas de Calais littoral qui est en cause. Et c’est l’achèvement de l’autoroute A16 et l’affirmation de la vocation européenne du Touquet Paris-Plage, comme pôle touristique principal de la Côte d’Opale, qui sont en question. Royan, La Baule, Deauville, …..toutes les stations de France ont désormais une voie d’accès incitative pour accueillir les automobilistes !

Faire perdre une heure, comme ces jours derniers, pour relier Paris et Paris-Plage mais aussi l’ensemble de la région au littoral, c’est aberrant et tout à fait contraire à l’intérêt général.
Le Touquet-Paris Plage, a marqué au fil des ans des points importants pour le Nord-Pas de Calais et pour l’économie touristique nationale.
La réalisation de ce projet parmi tous ceux qui avaient été préparés, votés et financés, c’est une chance d’avenir pour la population et une possibilité de croissance supplémentaires pour notre économie régionale.
Il est impensable, dans l’époque difficile que nous vivons, de ne pas les saisir.

L.D.


Lire la suite

Vue fascinante que celle de cette eau claire descendant généreusement de la montagne sous l’effet d’un beau soleil de mai.
L’Isère, en son val, a créé la vie. Une vie qui vient de haut. Une vie qui vient de l’eau.
L’eau source de vie, rappelait Claude Allègre, dans la nuit de lundi, à la télévision.
La formidable nécessaire continuité de l’œuvre de la création, c’est une vérité qui m’envahit depuis mes premières missions officielles nationales, appelé à relier, à partir de nos régions de France, ce que la nature a apporté à l’homme et ce que l’homme doit créer à partir de la nature.
Cette continuité de la création, elle a pour nom Val d’Isère, en Savoie, comme elle a pour nom Le Touquet, Clairmarais ou Noeux les Mines…en notre Pas- de- Calais.
Elle porte le nom de Urgersheim, en Alsace, autant que Mont Saint Michel sur la côte de la Manche.
Au départ, il y a toujours un acte de foi.

Cette union entre le don de la nature à l’homme et le don de l’homme à la nature, j’ai pensé intensément qu’elle pouvait faire naître une source de vie nouvelle. Une station thermale, de montagne, ou maritime, ou de ville d’art et d’histoire, ou un pays d’attrait touristique rural intercommunal…jusque dans notre Région Nord Pas de Calais.
Cette source de vie nouvelle, il s’agit de lui donner une continuité, une force de jaillissement, une cohérence, une cohésion, une ambition, sous le nom d’économie touristique

Notre vingt et unième siècle n’est qu’une étape de plus, depuis le commencement d’une Histoire née à partir d’une terre que le monde entier qualifie de sainte, depuis plus de 2000 ans.
En se faisant homme, Dieu a voulu que le cosmos prenne une dimension humaine.
Et c’est ainsi qu’au stoïcisme des philosophes grecs, s’est substituée une philosophie imprégnée de christianisme.
La croix, en haut du Golgotha, est devenue autant un symbole du chemin de l’humain sur la terre qu’un signe du mystère de l’union voulue par le Créateur entre le divin et l’humain.
Cette union peut et doit donner naissance à un monde porteur de vie bienfaisante et même séduisante. Mais dès qu’on lui tourne le dos, l’humanité subit les terribles expressions de la domination du mal sur le bien.
Une domination du mal, quand le pouvoir devient le but et non le moyen de ceux qui gouvernent, quand le pouvoir des hommes s’identifie à l’argent ou veut s’identifier à celui d’Allah.

J’écris ces lignes en quittant les espaces embellis par la montagne alpine et enrichis par la vie que les Savoyards ont su faire naître et développer en les rendant attirants et accueillants à ceux qui ont besoin de nature et de bon air pour équilibrer leur vie.
Sur notre côte d’Opale, nous avons voulu, nous aussi, créer de la vie économique et sociale en équilibrant celle des autres.
Il s’agit, bien sûr, de continuer cette œuvre, là où la mer vient rejoindre la terre pour y nourrir la vie des hommes.
Comment, de la montagne…à la mer, pourrait-on dissocier l’humain du divin… quand on observe les trésors de bien-être et d’enrichissement que les humains sont capables d’apporter à cette nature à condition de l’aimer comme un bien qu’ils portent en eux, et comme eux,d’origine divine ?
De la montagne…à la mer, en la retrouvant comme un autre régal des yeux, je ressens cette évidence que l’humanité perd le sens de la vie, dès lors qu’elle perd la boussole de la spiritualité qui doit la guider.
J’ai lu quelque part que Saint Jean, dans ses messages d’apôtre, avait évoqué ce grand mouvement qu’est la vie entre ce que l’on reçoit et ce que l’on rend, en apportant, en créant.
Notre chance, en ce nouveau siècle, c’est de pouvoir et de devoir apporter en développement durable. C’est-à-dire en bien commun pour demain
Et en espoir de futur pour les générations nouvelles.

L.D.


Lire la suite

Césaire : un Grand.

Césaire était petit. Pourtant, c’était un grand.
Et pourquoi, un grand ?
Parce que cet Antillais a d’abord dominé son temps, de la Martinique à la Métropole, par la valeur de sa pensée.
Son origine était pour lui une force. Et non, un handicap.
Parce que ce qui fit sa force, à l’origine, ce fut sa révolte, une révolte remontant à son constat d’un monde « cassé » dont l’Exposition coloniale offrit le visage au siècle passé.
En lui, se rejoignaient, après sa licence en Lettres, à la Sorbonne, la richesse d’un étudiant nourri de ses « Humanités » et celle de sa conscience d’homme noir, ressentant au fond de lui, la douleur d’un esclavage vécu par ses ancêtres, aux origines africaines lointaines.

Plutôt que d’utiliser la violence absurde qui ne fait que détruire, Césaire préféra s’armer de son talent pour utiliser la puissance des mots. Des mots qui rapprochent. Des mots qui éclairent. Des mots qui font exploser les notions de racisme et le mur des égoïsmes.
Des mots dont je me dis souvent qu’ils ont une musique, parfois captivante, lorsque l’esprit et la plume savent les entrechoquer… le temps d’un message… à qui sait capter les idées à travers les sons.
Césaire revint en lui, avant même de revenir de Paris en Martinique.
Face au fascisme naissant, poussant Mussolini à conquérir l’Ethiopie, son arme fut sa plume.
Anti -fascisme et anti-impérialisme devinrent alors pour lui la même cible à son retour de France après la signature du pacte germano -soviétique.

Entre désespoir et espoir, entre haine et amour, deux aspirations qu’il ressent en son île retrouvée, une île aussi belle de sa faune que de sa flore, mais où la débâcle semble se propager depuis la métropole, Césaire révèle alors sa personnalité.
Lui, l’insulaire, choisit l’universel.
Entre les différences, les religions, les idéologies et les couleurs, qui divisent et opposent, il choisit le combat pour l’homme. Face aux oppressions de tous ordres et de toute nature, il choisit le respect de la dignité humaine pour tous les peuples et sur tous les continents.

Dominique de Villepin, un autre grand, est un de ceux que sa vie de diplomate à travers le monde et son talent littéraire ont appelé à comprendre le mieux Aimé Césaire.
Dans son livre, « Hôtel de l’Insomnie, » (aux notes jetées de nuit, bien sûr à Matignon), Villepin magnifie Césaire, invitant à refuser la tyrannie et la barbarie et il écrit avec gravité : « l’ombre gagne sur terre. Il faut savoir lutter contre elle avec les armes de la lumière. »
Un vrai leader doit être en effet un philosophe en action et il doit trouver dans sa pensée et dans les mots plus de force que dans l’usage de ses pouvoirs.
Les mots, ce sont les armes miraculeuses qu’Aimé Césaire sut manier contre la peur.
La peur des couleurs différentes. La peur des autres. La peur du futur. Une peur qui est,hélas, aujourd’hui en notre Hexagone français, un trait dominant de notre temps.

Aimé Césaire m’avait reçu, au milieu d’un cycle de conférences effectuées en Guadeloupe et en Martinique, alors que j’étais président national des Jeunes Chambres Economiques.
J’ai compris depuis 1965 pourquoi il fut durant 55 ans le maire aimé de Fort de France.
D’une immense bidon ville, il fit une capitale touristique.
Bref, c’était un vrai Grand. L.D.


Lire la suite

La double menace

Deux informations retiennent mon attention en un même week-end.
L’une en gros titre dans le quotidien régional : « En avril les nordistes se ruent à Lesquin pour partir en vacances au soleil. »(Destination, la Tunisie et le Maroc).
L’autre en première page du « Monde » : « Emeutes de la faim : un défi inédit pour l’O .N.U. »
Nous y sommes en effet : la pauvreté, d’un côté, la consommation de l’autre, avec un pouvoir d’achat en baisse, s’affrontent en 2008 en un face à face qui porte à réfléchir tout citoyen faisant l’effort de sortir de sa vie quotidienne.
Bien sûr, un régime devenu collectiviste depuis cinquante ans, tel celui dont j’ai pu observer le vécu ces jours derniers à Cuba, assure-t-il un nivellement par le bas que la Chine elle-même ne peut plus imposer à sa population…
Mais nous en sommes venus à de véritables émeutes de la faim. Ce n’est pas seulement en Afrique que les troubles ont éclaté. La hausse des prix alimentaires devient insupportable en plusieurs continents.
C’est une hausse qui provient d’une croissance de la demande. Elle était, bien sûr, prévisible.
On a trop longtemps fait croire, en Europe notamment, à une surproduction poussant les gouvernants à aller jusqu’ à mettre en place une politique de jachères !
Le bon sens paysan, à cet égard, a été étouffé au point que les stocks de céréales aujourd’hui ne peuvent se reconstituer à l’échelle des besoins des peuples souffrant de malnutrition.
IL est effarant que l’on ait pu penser que les peuples émergents allaient connaître une croissance record comme la Chine et l’Inde, en demeurant sous alimentés en viande et en lait !
IL est effarant que l’on ait négligé la vérité de bon sens que la nourriture du bétail nécessaire à l’alimentation de chinois et d’indiens ou d’africains allait imposer la croissance des besoins en céréales !

Comme Désiré Debavelaere le faisait en même temps, au Sénat, je me souviens avoir demandé, à maintes reprises, à la Commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale et à la tribune de celle-ci , que l’on cesse de refuser de payer à leur juste prix la production de céréales, de lait ou de viande.
L’argument de la référence au prix mondial en réponse , était à l’époque terriblement trompeur…au point où il a poussé de nombreux pays en développement à remplacer la production de cultures à vocation alimentaire ou fourragère par des productions d’agro carburants.
Jusqu’au x Philippines, on a affecté des surfaces de canne à sucre à la production d’éthanol pour l’intégrer à l’essence ordinaire.
Si bien qu’on en revient à penser prioritairement à travers le monde à rémunérer plus équitablement les agriculteurs au juste prix de leur travail et à ne plus les faire vivre de subventions.
D’Afrique en Asie, d’Amérique latine en Europe, la pénurie de denrées alimentaires prend des proportions de grave insécurité.
Tant il est vrai que les autorités nationales vont devoir se mettre dans la tête que l’O.N.U. est appelée à devenir un véritable gouvernement mondial.
Se rapproche le temps où le monde occidental risque de subir la révolte des autres parties du monde où des millions de pauvres vivent dans des conditions de logement dont Cuba nous a révélé le niveau d’insalubrité, ces jours derniers. La faim elle-même devient la préoccupation première.
On espérait que la croissance économique allait permettre de réduire la proportion des pauvres. Mais la faim liée à la croissance du prix des matières premières fait revenir en arrière .La solidarité internationale est donc appelée à provoquer des ponctions importantes sur le produit intérieur brut
des nations européennes.
La Banque mondiale a tiré ces dernières semaines la sonnette d’alarme.

S’ajoute en effet à la crise alimentaire, la crise financière. Les capacités financières sont en voie de réduction. L’onde de choc, venant des U.S.A. commence à se ressentir à travers les conditions de crédit des banques, devenues très préoccupantes.
Car les banques, à travers leur activité de crédit, sont au cœur de ce qui fait fonctionner nos économies de marché : la confiance. Une confiance essentielle pour bâtir l’avenir.
Il est vain aujourd’hui de compter sur l’Etat. Car il n’a plus en France de marges de manœuvre.
La réduction de sa dette et de ses déficits annuels est son exigence première.
J’avais souligné fin 2007 et au début 2008 que refuser les investissements de groupes privés susceptibles de relayer des investissements publics que l’Etat ne peut plus soutenir serait une faute grave. D’où la nécessité de saisir la chance , pour sortir de notre pauvreté économique actuelle, des projets dont je m’étais attaché à obtenir le financement. Différer ces projets, ce serait un renoncement aux conséquences graves à la veille d’une crise financière qui risque de s’accentuer.

L.D


Lire la suite

Page 46 sur 46« Première page1020304243444546