Césaire : un Grand.

Césaire était petit. Pourtant, c’était un grand.
Et pourquoi, un grand ?
Parce que cet Antillais a d’abord dominé son temps, de la Martinique à la Métropole, par la valeur de sa pensée.
Son origine était pour lui une force. Et non, un handicap.
Parce que ce qui fit sa force, à l’origine, ce fut sa révolte, une révolte remontant à son constat d’un monde « cassé » dont l’Exposition coloniale offrit le visage au siècle passé.
En lui, se rejoignaient, après sa licence en Lettres, à la Sorbonne, la richesse d’un étudiant nourri de ses « Humanités » et celle de sa conscience d’homme noir, ressentant au fond de lui, la douleur d’un esclavage vécu par ses ancêtres, aux origines africaines lointaines.

Plutôt que d’utiliser la violence absurde qui ne fait que détruire, Césaire préféra s’armer de son talent pour utiliser la puissance des mots. Des mots qui rapprochent. Des mots qui éclairent. Des mots qui font exploser les notions de racisme et le mur des égoïsmes.
Des mots dont je me dis souvent qu’ils ont une musique, parfois captivante, lorsque l’esprit et la plume savent les entrechoquer… le temps d’un message… à qui sait capter les idées à travers les sons.
Césaire revint en lui, avant même de revenir de Paris en Martinique.
Face au fascisme naissant, poussant Mussolini à conquérir l’Ethiopie, son arme fut sa plume.
Anti -fascisme et anti-impérialisme devinrent alors pour lui la même cible à son retour de France après la signature du pacte germano -soviétique.

Entre désespoir et espoir, entre haine et amour, deux aspirations qu’il ressent en son île retrouvée, une île aussi belle de sa faune que de sa flore, mais où la débâcle semble se propager depuis la métropole, Césaire révèle alors sa personnalité.
Lui, l’insulaire, choisit l’universel.
Entre les différences, les religions, les idéologies et les couleurs, qui divisent et opposent, il choisit le combat pour l’homme. Face aux oppressions de tous ordres et de toute nature, il choisit le respect de la dignité humaine pour tous les peuples et sur tous les continents.

Dominique de Villepin, un autre grand, est un de ceux que sa vie de diplomate à travers le monde et son talent littéraire ont appelé à comprendre le mieux Aimé Césaire.
Dans son livre, « Hôtel de l’Insomnie, » (aux notes jetées de nuit, bien sûr à Matignon), Villepin magnifie Césaire, invitant à refuser la tyrannie et la barbarie et il écrit avec gravité : « l’ombre gagne sur terre. Il faut savoir lutter contre elle avec les armes de la lumière. »
Un vrai leader doit être en effet un philosophe en action et il doit trouver dans sa pensée et dans les mots plus de force que dans l’usage de ses pouvoirs.
Les mots, ce sont les armes miraculeuses qu’Aimé Césaire sut manier contre la peur.
La peur des couleurs différentes. La peur des autres. La peur du futur. Une peur qui est,hélas, aujourd’hui en notre Hexagone français, un trait dominant de notre temps.

Aimé Césaire m’avait reçu, au milieu d’un cycle de conférences effectuées en Guadeloupe et en Martinique, alors que j’étais président national des Jeunes Chambres Economiques.
J’ai compris depuis 1965 pourquoi il fut durant 55 ans le maire aimé de Fort de France.
D’une immense bidon ville, il fit une capitale touristique.
Bref, c’était un vrai Grand. L.D.


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La double menace

Deux informations retiennent mon attention en un même week-end.
L’une en gros titre dans le quotidien régional : « En avril les nordistes se ruent à Lesquin pour partir en vacances au soleil. »(Destination, la Tunisie et le Maroc).
L’autre en première page du « Monde » : « Emeutes de la faim : un défi inédit pour l’O .N.U. »
Nous y sommes en effet : la pauvreté, d’un côté, la consommation de l’autre, avec un pouvoir d’achat en baisse, s’affrontent en 2008 en un face à face qui porte à réfléchir tout citoyen faisant l’effort de sortir de sa vie quotidienne.
Bien sûr, un régime devenu collectiviste depuis cinquante ans, tel celui dont j’ai pu observer le vécu ces jours derniers à Cuba, assure-t-il un nivellement par le bas que la Chine elle-même ne peut plus imposer à sa population…
Mais nous en sommes venus à de véritables émeutes de la faim. Ce n’est pas seulement en Afrique que les troubles ont éclaté. La hausse des prix alimentaires devient insupportable en plusieurs continents.
C’est une hausse qui provient d’une croissance de la demande. Elle était, bien sûr, prévisible.
On a trop longtemps fait croire, en Europe notamment, à une surproduction poussant les gouvernants à aller jusqu’ à mettre en place une politique de jachères !
Le bon sens paysan, à cet égard, a été étouffé au point que les stocks de céréales aujourd’hui ne peuvent se reconstituer à l’échelle des besoins des peuples souffrant de malnutrition.
IL est effarant que l’on ait pu penser que les peuples émergents allaient connaître une croissance record comme la Chine et l’Inde, en demeurant sous alimentés en viande et en lait !
IL est effarant que l’on ait négligé la vérité de bon sens que la nourriture du bétail nécessaire à l’alimentation de chinois et d’indiens ou d’africains allait imposer la croissance des besoins en céréales !

Comme Désiré Debavelaere le faisait en même temps, au Sénat, je me souviens avoir demandé, à maintes reprises, à la Commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale et à la tribune de celle-ci , que l’on cesse de refuser de payer à leur juste prix la production de céréales, de lait ou de viande.
L’argument de la référence au prix mondial en réponse , était à l’époque terriblement trompeur…au point où il a poussé de nombreux pays en développement à remplacer la production de cultures à vocation alimentaire ou fourragère par des productions d’agro carburants.
Jusqu’au x Philippines, on a affecté des surfaces de canne à sucre à la production d’éthanol pour l’intégrer à l’essence ordinaire.
Si bien qu’on en revient à penser prioritairement à travers le monde à rémunérer plus équitablement les agriculteurs au juste prix de leur travail et à ne plus les faire vivre de subventions.
D’Afrique en Asie, d’Amérique latine en Europe, la pénurie de denrées alimentaires prend des proportions de grave insécurité.
Tant il est vrai que les autorités nationales vont devoir se mettre dans la tête que l’O.N.U. est appelée à devenir un véritable gouvernement mondial.
Se rapproche le temps où le monde occidental risque de subir la révolte des autres parties du monde où des millions de pauvres vivent dans des conditions de logement dont Cuba nous a révélé le niveau d’insalubrité, ces jours derniers. La faim elle-même devient la préoccupation première.
On espérait que la croissance économique allait permettre de réduire la proportion des pauvres. Mais la faim liée à la croissance du prix des matières premières fait revenir en arrière .La solidarité internationale est donc appelée à provoquer des ponctions importantes sur le produit intérieur brut
des nations européennes.
La Banque mondiale a tiré ces dernières semaines la sonnette d’alarme.

S’ajoute en effet à la crise alimentaire, la crise financière. Les capacités financières sont en voie de réduction. L’onde de choc, venant des U.S.A. commence à se ressentir à travers les conditions de crédit des banques, devenues très préoccupantes.
Car les banques, à travers leur activité de crédit, sont au cœur de ce qui fait fonctionner nos économies de marché : la confiance. Une confiance essentielle pour bâtir l’avenir.
Il est vain aujourd’hui de compter sur l’Etat. Car il n’a plus en France de marges de manœuvre.
La réduction de sa dette et de ses déficits annuels est son exigence première.
J’avais souligné fin 2007 et au début 2008 que refuser les investissements de groupes privés susceptibles de relayer des investissements publics que l’Etat ne peut plus soutenir serait une faute grave. D’où la nécessité de saisir la chance , pour sortir de notre pauvreté économique actuelle, des projets dont je m’étais attaché à obtenir le financement. Différer ces projets, ce serait un renoncement aux conséquences graves à la veille d’une crise financière qui risque de s’accentuer.

L.D


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